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Les articles (Histoire de Bayard)

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► 1910 : la Seine envahit les ateliers de La Croix

► Un sou

► " A la Seine !"

► 125 ans en cinq adresses

 

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Publié le : 11 Mars 2013

1910 : la Seine envahit les ateliers de La Croix
(par Yves Pitette)

Pour paraître coûte que coûte,

La Croix se réfugie chez un confrère

 .

Ses ateliers inondés, La Croix trouve asile

dans ceux de La Presse

 

Cela commence par une brève le jeudi 26 janvier : « La Touques déborde. Prairies et campagnes sont inondées entre Lisieux et Trouville. Pont l’Evêque est inondée ». Les inondations s’étendent sur une colonne le lendemain où « à Paris, la Seine a démesurément grossi », puis s’étalent dans La Croix les jours suivants jusqu’à occuper plus de la moitié des quatre pages du journal. A la Maison de la Bonne Presse, dont l’adresse 22 Cours la Reine, dit la proximité de la Seine, on s’inquiète et le personnel tente de défendre les ateliers contre la montée des eaux : quatre jours d’efforts finalement vains. Le lundi 24, toute la production est arrêtée. « L’eau, continuant de monter dans les sous-sols de nos immeubles, malgré l’installation de nombreuses pompes, a recouvert nos dynamos et notre moteur principal », constate La Croix qui n’omet pas d’en appeler à la prière de ses lecteurs.

La Bonne Presse, à cette époque, fabrique en effet sa propre énergie avec des moteurs récupérés de l’Exposition universelle de 1900. Tous les titres sont arrêtés, sauf La Croix qui est accueillie dans ses ateliers par M. Simart, directeur de l’imprimerie du journal La Presse. Tous les ateliers seront arrêtés du 24 janvier au 12 février, car, une fois la crue terminée, il faudra encore de longues journées pour remettre en état toutes les machines, des linotypes aux rotatives, après plusieurs jours dans l’eau sale de la Seine. Mais le personnel de la Bonne Presse est présent et « fait face vaillamment à toutes les difficultés, avec un éclairage de fortune et en supportant la privation du chauffage ». Le 29, « les compositrices, qu’aucun obstacle n’a pu empêcher de venir » vont même « reprendre l’ancien système de composition à la main ».

AV - Innondations janvier 1910 - 01_1280


Inondations de 1910, 24 janvier-1er février.
On rentre en radeau à la maison de la Bonne Presse.
A gauche, un futur patron de l'entreprise, Alfred MICHELIN.


.Dans ces conditions difficiles, le journal est encore contraint de beaucoup avancer ses heures de tirage, car La Croix est alors imprimée sur les mêmes rotatives que La Preses, et donc avant elle. D’où, et le journal s’en excuse plusieurs fois, l’absence dans ses colonnes de « la Bourse des valeurs et de celle du commerce ». L’inondation de plusieurs gares, exige bientôt d’avancer encore l’heure de bouclage car les journaux devront alors partir de gares plus éloignées. « Du moins sommes-nous heureux de pouvoir les fournir ». Cela n’empêche pas le journal de donner chaque jour, quasiment minute par minute, le détail des affaissements de terrains, des ponts en danger et des évacuations de logements menacés de s’effondrer à Paris, ainsi que de longues colonnes sur la situation en province. Sans parler des tentatives de pillage des « apaches », les mauvais garçons du temps.

Le 27 janvier, le Cours-la-Reine, et donc l’entrée de la Bonne Presse, est sous l’eau et l’on y circule bientôt en barque, comme dans le bas de la rue Bayard où l’on n’accède plus autrement au 3, alors adresse secondaire de l’entreprise, où est le quai d’expédition des publications. Le « départ », a donc été transféré provisoirement dans les locaux de l’Hôtel de Condé, rue Monsieur, où la Bonne Presse tenait ses congrès.

AV - Innondations janvier 1910 - 07_1280


Inondations de 1910.
La rue Bayard sous l'eau.

Pourtant cela n’empêche pas de sourire. La Croix se moque gentiment d’un confrère qui s’inquiétait pour les serres de la ville de Paris installées Cours-la-Reine : « Rassurons le Matin. Les serres n’ont rien à craindre, elles sont démolies depuis un an ». Quant au voisin de La Croix, Abel Ferry, député des Vosges et neveu de Jules, il sort de chez lui « chaussé de seaux de bois qu’il faisait glisser le long du trottoir jusqu’à ce qu’il ait pu atteindre la partie non inondée » de la rue Bayard. Pierre l’Ermite, lui, ne plaisante pas, même si ce samedi 30 janvier, l’eau baisse. Après avoir évoqué « les grosses rotatives émergeant, comme des épaves de fer dans la machinerie inondée », le chroniqueur vedette de La Croix conclut dans l’emphase : « Dans le grand silence de la maison vide, l’esprit de Dieu planait sur les eaux, et les choses inanimées semblaient prendre une voix et murmurer « Dieu seul est grand… priez ! ».

Directeur de La Croix, Paul Féron-Vrau fait plus prosaïquement les comptes le 9 février : deux cent mille francs de travaux à prévoir. Et de stigmatiser in fine, le journal anticlérical la Lanterne, qui s’est grossièrement réjoui des malheurs de La Croix.

Yves PITETTE

Publié le : 7 Mars 2010
  • Histoire de Bayard
  • Pitette Yves

Un sou
(par Yves Pitette)

Un sou, c’est le langage de l’ouvrier, du pauvre, si vous voulez, c’est démocratique. M. le substitut de la République a fait hier à notre gérant l’honneur de l’appeler pour lui annoncer qu’il allait être obligé de poursuivre « La Croix ».

- Mais quel danger faisons-nous courir à la République ?

- Vous mettez un sou.

- Eh bien ?

- Vous ne savez pas que c’est défendu ?

(…) Nous avons appris, non sans un frémissement d’horreur, que nous étions entrés en lutte ouverte contre le système métrique lui-même.

Nous l’échappons belle ! Nous aurions pu être traînés devant les tribunaux comme faux-monnayeurs, le sou étant devenu une fausse monnaie. Il faut savoir se confesser quand on est criminel. Nous confessons donc humblement que nous avons manqué de respect au centime, cette incomparable conquête de la Révolution.(…) Nous avons agi comme des mal appris qui ne savent pas encore qu’un sou, cela s’appelle cinq centimes.

(…) Eh bien, nous nous soumettons ; nous ôtons le sou, car si le sou a pour lui le bon sens, il n’est pas un principe que nous avons juré de défendre.

Inscrivons donc cette sotte désignation, cinq centimes, que le peuple n’aura jamais la sottise de prendre, parce qu’il appelle les choses par leur nom et parce qu’en écrivant sur un journal 5 centimes, vous ne l’empêcherez jamais de dire que « c’est un journal à un sou ».

Le Moine (P. Vincent de Paul Bailly)

La Croix, 29 juin 1883

Publié le : 7 Mars 2010
  • Histoire de Bayard
  • Pitette Yves

« A la Seine ! »
(par Yves Pitette – N° 48, 3e trimestre 2009)

Les perquisitions de la Gestapo; des milliers de livres jetés à la Seine; des convois de camions dirigés vers l'Allemagne, Yves Pitette a recueilli des témoignages accablants.  Un dossier inédit.


Il y a bientôt soixante ans,

les nazis pillaient bibliothèque

et archives de la Bonne Presse

 

Les choses n’ont pas traîné. Entrés dans Paris le 14 juin 1940, les Allemands commençaient dès le lendemain une surveillance policière autour de la Maison de la Bonne Presse, selon une chronologie réalisée par le P Ernest Point. Le fait d’éditer des journaux aurait suffi, mais La Croix était de longue date pour les nazis un adversaire. En témoigne cet article du 27 novembre 1937 de « Der Angriff », cité par l’historien Alain Fleury, à propos du Congrès mondial des journalistes catholiques, où le P. Merklen joue un grand rôle : « « Il s’agit là de messieurs qui pendant les quatre dernières années ont été les champions les plus bruyants du combat contre l’Allemagne national-socialiste ».

La Gestapo perquisitionne en juillet et août, et pose des scellés sur la rédaction de La Croix (partie à Limoges) où les policiers cherchent l’identité des correspondants du journal en Allemagne. Scellés aussi sur la bibliothèque, où ils resteront jusqu’au 20 mars 1941. Scellés encore sur toutes les chambres – la communauté assomptionniste réside alors aux derniers étages du 22 cours Albert Ier – où il y a des livres.

Le 28 août 1940, sans attendre la publication un mois plus tard de la liste des livres retirés de la vente, dite « liste Otto », du nom d’Otto Abetz, ambassadeur d’Allemagne ( !) à Paris pendant la guerre, les Allemands saisissent trois tonnes de livres en stock édités par la Bonne Presse.

Comme nous le dit un émouvant petit papier manuscrit rédigé à la plume, les réserves de six de ces livres sont purement et simplement jetées « à la Seine », soit seize mille volumes. Il s’agit aussi bien d’un texte du Vatican de 1938 condamnant le racisme, que d’une biographie de Pie XI ou de livres sur l’Allemagne, notamment ceux de Jean Caret, éditorialiste de politique étrangère de La Croix. D’autres livres sont condamnés au pilon, y compris ce qu’on appellerait aujourd’hui des BD et qu’on appelait alors « romans cinétiques » : pas encore de bulles, mais des textes placés sous les illustrations. La BP fait traîner, mais finit « sous de nouvelles menaces », par les pilonner au printemps 1941. Un ancien sénateur – qui avait voté les pleins pouvoirs à Pétain en 1940 – prétendit même toucher après guerre ses droits d’auteur sur les exemplaires détruits de son Histoire de France !

Dans la bibliothèque toujours sous scellés, un Allemand se disant professeur à l’université de Berlin, vient régulièrement, sous prétexte de travailler. En fait, il a choisi les livres qui allaient être volés, et ne partait jamais sans en prendre lui-même quelques uns. Jamais il n’a dit son nom. Les 5 et 6 septembre 1940, c’est la première rafle. Six grands camions militaires emportent soixante-dix caisses plombées et numérotées, notent les témoins, dont Louis Lovisa, le concierge de l’entreprise. La destination est l’Allemagne, à entendre les ouvriers – français – emballeurs. Le 4 octobre, quatre camions emmènent quarante caisses, déposées à Neuilly, toujours selon les emballeurs réquisitionnés. Cette fois, le professeur de Berlin est présent, en uniforme nazi : « Parce que La Croix et Le Pèlerin ont attaqué l’Allemagne, dit-il, nous enlevons la collection de La Croix et du Pèlerin ». Témoignage du P. Point. Et les collections du quotidien – 300 volumes !- et du Pèlerin disparaissent.

Le dernier lot de livres et archives photos pillés partira le 20 mars 1941, douze caisses cette fois. Au total, plus de quatre mille livres de la bibliothèque ont été razziés, comme deux millions de photos d’agences, trente mille dessins et originaux, des bois gravés, sans parler des manuscrits représentant vingt ans de travail du P. Chardavoine pour l’édition qu’il préparait de la liste ininterrompue de tous les titulaires de tous les évêchés du monde. Dans le bureau du P. Merklen, particulièrement visé par les perquisitions, les Allemands enlevèrent un meuble fichier qu’ils n’avaient pu ouvrir faute de clés. Ils cherchaient les coordonnées des amis et collaborateurs du directeur de La Croix, alors à Limoges, sa correspondance, bref ce qui permettrait d’identifier des opposants au Reich. Une lettre de protestation fut adressée le 7 avril 1941 à de Brinon, l’ambassadeur de Vichy à Paris, bien sûr sans résultat.

Le 31 juillet 1946, René Berteaux, PDG de la Bonne Presse, déposa une déclaration détaillée des biens pillés. Huit cent trente et un volumes furent retrouvés en Allemagne et en Autriche, mais pas les collections de La Croix et du Pèlerin. En avril 1955, la BP fut indemnisée à hauteur de 1 619 052 francs. Mais pas en espèces. En titres nominatifs à 4% à échéance de trois, six et neuf ans. Une misère, vu l’inflation de l’époque.

Yves PITETTE

Publié le : 7 Mars 2010
  • Histoire de Bayard
  • Pitette Yves
  1. 125 ans en cinq adresses
    (par Yves Pitette)

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